Essais cliniques « basket » : une méthodologie innovante pour accélérer le développement de traitements pour les maladies rares
Face à la diversité et à la rareté des maladies rares, les essais cliniques dits « basket » apportent une approche méthodologique innovante : évaluer un même traitement chez des patients atteints de pathologies différentes mais partageant un mécanisme biologique commun. Dans la continuité des travaux menés au sein du consortium DREAMS, coordonné par Xavier Nissan (CECS / IStem), une revue systématique de la littérature récente, co-signée par l’AFM-Téléthon, l’Institut de Myologie, I-Stem et Généthon, publiée dans l’Orphanet Journal of Rare Diseases (Wael et al. 2025), dresse un état des lieux sur ces approches et les freins à leur mise en place, malgré un potentiel pour accélérer le développement de médicaments innovants pour des maladies rares.
Le développement de traitements pour les maladies rares reste un défi majeur. Il se heurte à plusieurs obstacles comme le faible nombre de patients, l’hétérogénéité des maladies, la grande dispersion géographique ainsi que l’absence d’histoire naturelle et de critères d’évaluation standardisés.
Dans ce contexte, les essais cliniques avec un design « basket » constituent une alternative prometteuse. Ils consistent à évaluer une même solution thérapeutique chez des patients atteints de maladies différentes, mais partageant une caractéristique biologique (physiopathologique) commune, telle qu’une anomalie génétique ou moléculaire (exemple de l’autophagie).
Un potentiel encore sous-exploité pour les maladies rares
KHAZEN W et al. (2025) rapportent que les essais « basket » sont principalement utilisés en oncologie (formes rares de cancers, 27 études sur 36) et encore trop rarement pour les maladies rares. La majorité de ces études (81%) étaient des études cliniques de phase 1/2, démontrant le caractère exploratoire et précoce de ces designs innovants dans le développement clinique.
Par ailleurs, ces études étaient majoritairement non randomisées et menées en ouvert. Les méthodologies classiques des essais cliniques sont difficilement applicables aux maladies (ultra-)rares, notamment en raison du faible nombre de patients (souvent répartis sur différents pays voire continents) et de l’hétérogénéité souvent marquée des pathologies.
Des freins méthodologiques particulièrement importants
Cette utilisation limitée dans les maladies rares (hors oncologie) s’explique par plusieurs facteurs :
- l’absence de biomarqueurs validés et partagés entre différentes maladies,
- la difficulté à définir des critères d’évaluation d’efficacité harmonisés,
- la complexité réglementaire et méthodologique des protocoles multi-pathologies,
- les contraintes liées au faible nombre de patients, répartis sur plusieurs pays,
- Et, la sous-utilisation de méthodologies statistiques innovantes (Bayésienne, IA).
Un levier stratégique pour accélérer l’innovation thérapeutique
Malgré les défis identifiés, les auteurs soulignent le fort potentiel des essais « basket » dans le champ des maladies rares. Ces approches pourraient notamment permettre de mieux exploiter les connaissances sur les mécanismes biologiques communs, d’optimiser l’inclusion des patients dans les essais cliniques, de favoriser le repositionnement de traitements existants et de renforcer les collaborations entre chercheurs, cliniciens, autorités réglementaires et associations de patients. Plus largement, elles s’inscrivent dans une dynamique de recherche plus collaborative, transversale et résolument centrée sur les besoins réels des patients.
En résumé, cette revue met en lumière à la fois les opportunités et les limites des études avec un design « basket » dans les maladies rares, et propose une feuille de route pour en exploiter pleinement le potentiel. Elle appelle à une mobilisation concertée des autorités réglementaires, des médecins, des chercheurs, des méthodologistes et des représentants des patients afin d’élargir leur utilisation et d’en maximiser l’impact à l’échelle de l’ensemble des maladies rares.